En raison du dispositif à soufflet installé entre locomotive et le convoi pour améliorer l'aérodynamisme,
il était indiqué d'équiper une rame spéciale pour chaque engin moteur. Chacune de ces 2 rames fut constituée par 3 voitures construites
en 1946 et ayant couvert de longs parcours depuis leur mise en service.
Les 2 premières voitures de chaque rame étaient munies de boîtes d'essieux à roulements SKF modifiées pour permettre le retour d'une partie du courant traction amenée de la locomotive par des câbles spéciaux de 214 mm2 de section. La dernière voiture de chaque rame était équipée de boîtes à roulements Timken. Pour obtenir les mêmes garanties de sécurité que sur les locomotives, des roues monobloc furent également substituées aux roues à bandages classiques. Les nouvelles roues laminées par Usinor furent calées sur les essieux aux ateliers S.N.C.F. de Nevers et l'usinage final effectué aux ateliers S.N.C.F. d'Oullins par tournage au profil du quarantième avec la précision de + ou - 0,1 mm L'ensemble roues-essieux fut équilibré dynamiquement avec un balourd résiduel inférieur à 20 grammes évalué à 0,500 m de l'axe. Le parallélisme des roues, l'épaisseur des boudins ainsi que l'écartement de leurs faces actives furent soigneusement vérifiés.
Pour améliorer le freinage tout en réduisant la pression unitaire, des sabots à double semelle furent substitués au dispositif normal
ne comportant qu'une semelle unique. ![]() ![]() Les intervalles entre voitures se trouvèrent supprimés par des soufflets
spéciaux à enveloppement total et la face arrière du dernier véhicule des rames reçut un appendice léger dont la forme aérodynamique réduisait
très notablement la traînée. Toutes les dynamos d'éclairage furent démontées.
Les batteries de 270 Ah et 400 Ah nécessaires à l'alimentation des appareils de télécommunication et d'enregistrements étaient également disposées dans les compartiments 2 et 5 des voitures de tête. Toutes les voitures étaient équipées du frein automatique et du frein direct. La mise en action du frein direct avait pour effet de freiner les voitures mais non la locomotive. Il était ainsi possible d'appliquer un effort retardateur au crochet de cette dernière dans le cas ou interruption de l'effort de traction aurait amorcé des mouvements perturbant sa stabilité. Le frein automatique restait en action sur l'ensemble du convoi, locomotive et voitures, pour des raisons de sécurité évidentes (Fig.46). ![]() Aucune modification n'a été apportée à la voie elle-même en vue de ces essais. Pour une vitesse de 220 km/h, l'insuffisance de dévers était de 130 mm et la variation d'insuffisance de dévers par seconde de 100 mm. Le 12 mars 1955, la BB 9004 ainsi modifiée sortait des Ateliers du Creusot et rejoignait la CC 7107 à l'atelier de Vitry, pour y subir les
quelques modifications et vérifications d'ordre électrique énumérées ci-dessus. Un certain parcours de rodage était nécessaire avant de
lancer ces machines vers le record: il n'avait cependant pas besoin d'être très important. Des mesures spéciales durent être prises à l'occasion de ces marches de rodage et d'acheminement; il était, en effet, souhaitable de rouler à des vitesses telles que le rhéostat de démarrage puisse être éliminé, c'est-à-dire aux alentours de 140 km/h. Mais par ailleurs, l'utilisation du freinage devait être proscrite afin d'éviter toute détérioration des tables de roulement,
de même que les parcours sans courant, qui risquent d'être néfastes pour la tenue des balais et des collecteurs des moteurs. Quant aux voitures, préparées à l'entretien de Paris-Masséna, elles furent simplement acheminées sur Bordeaux par des trains de messageries, avec cette seule particularité d'avoir, elles aussi,le freinage paralysé. On a vu en effet que les roulements avaient été prélevés sur des voitures en service commercial; aucun rodage n'était donc nécessaire. L'ensemble du matériel ainsi rassemblé à Bordeaux, le 21 mars, les rames d'essai furent constituées sur des voies du dépôt local, qui servait ainsi de "base" des essais. C'est là que furent posés les soufflets et mis en place les différents câblages nécessités par l'évacuation des courants de retour, les liaisons téléphoniques entre machines et voitures, l'alimentation des appareils de mesure, etc...
![]() ![]() L'intensité totale traversant les moteurs et la puissance totale absorbée par ceux-ci, un compteur, muni d'un système à top,
totalisait l'énergie totale consommée par les moteurs, chaque tour de disque étant transmis à une bande enregistreuse. Les bandes
de ces quatre appareils, entraînées par un même mouvement d'horlogerie, se déroulaient en fonction du temps à la vitesse d'environ
4 mm par seconde. Les limites d'enregistrement de ces appareils étaient les suivantes : Ces appareils étaient montés dans le premier compartiment de la première voiture de chaque rame. Des enregistrements de tensions et d'intensités étaient également assurés, en courant continu, dans les sous-stations intéressées. En ce qui concerne la haute tension, des voltmètres et des wattmètres étaient placés au poste de Pessac, sur le départ 60 kV, et à la sous-station de Lamothe, à la sortie de l'autotransformateur 60 /75 kV. Quant aux mesures relatives à la stabilité des convois, il ne pouvait être question de procéder, sur la locomotive CC 7107, à des mesures directes d'effort - à l'aide de détecteurs à quartz piézo-électrique - telles que celles exécutées en février 1954, sur la CC 7121. Les montages mécaniques destinés à de telles mesures n'avaient pas été conçus pour des vitesses de rotation correspondant à 330 km/h.
Bien qu'ils n'aient pas subi de dommages jusqu'à 240 km/h, on a jugé prudent de renoncer à leur mise en œuvre, pour des vitesses
sensiblement supérieures. C'est, en conséquence, au seul enregistrement de l'accélération transversale de la caisse de la locomotive,
au droit du centre du bogie avant, qu'on a limité le contrôle des qualités de stabilité de la locomotive CC 7107. En ce qui concerne
la locomotive BB 9004, on a opéré de même, en relevant au cours des essais les accélérations transversales. Compte tenu des fatigues élevées supportées par certains organes mécaniques et électriques des machines au cours des essais,
ainsi que du travail exceptionnel et de l'ébranlement auxquels la voie est soumise, et hormis toute question d'alimentation et de captage,
il convenait de réduire le nombre de marches à très grande vitesse au strict minimum. ll était souhaitable par suite de réaliser la
vitesse maximum, avec chaque rame, en une seule tentative.
La réalisation de telles vitesses soulevait quelques difficultés pour l'insertion de la marche dans le graphique normal des trains.
Le parcours Facture-Morcenx n'est pas en effet une piste d'essai, mais une section de ligne ouverte au service commercial;
il s'agit même là d'une des artères les plus importantes de la S.N.C.F., sinon par la quantité du trafic, du moins par sa qualité,
puisqu'elle assure la partie essentielle du trafic entre les pays ibériques et le reste du continent
et dessert en outre les stations de la Côte Basque et d'une bonne partie des Pyrénées. On ne pouvait s'en tenir, par suite notamment de l'insuffisance du freinage, aux règlements officiels concernant la circulation des trains :
il fut donc prévu pour ces marches, en plus des mesures spéciales applicables avant le départ du train et déjà mentionnées ci-dessus, une
organisation particulière de la sécurité. Tous ces agents étaient munis de téléphones leur permettant éventuellement d'aviser la sous-station de
Licaugas de tout incident inopiné. A cette sous-station était installé un chef de sécurité disposant, en plus des liaisons téléphoniques avec
les agents de surveillance, d'une liaison par radio avec la cabine de conduite de la locomotive du train; il pouvait ainsi transmettre à
celui-ci dans les moindres délais, le cas échéant, toute information utile. Sur les installations fixes d'alimentation, il y avait surtout à craindre un amorçage d'isolateur dans les installations à 60 kV utilisées sous 75kV. !! Une double protection, qui provoquait le déclenchement du disjoncteur de l'autotransformateur, avait été prévue; à maximum, au moyen de 3 relais RMA 3 réglés à 180 A et de terre avec un relais RMAH 3; ces deux protections étaient temporisées à 0,5 secondes. Côté continu, les deux disjoncteurs UR de départ de la sous-station de Licaugas, réglés à 3500 A, avaient été montés en parallèle. Dans les trois sous-stations mobiles de Lamothe, Lugos et Ychoux, qui comportent chacune un JR ne fonctionnant normalement qu'à retour de courant, un relais de surcharge avait été installé, qui ne provoquait le déclenchement du disjoncteur que pour un débit orienté vers la caténaire. Ces relais étant réglés à 4000 A pour la première sous-station et à 5500 A pour les deux autres, on éliminait ainsi tout fonctionnement intempestif di/dt, redouter lors du passage des crans de shuntage sur les locomotives. Celles-ci avaient conservé uniquement leur protection essentielle, par relais différentiel, agissant sur le disjoncteur général, dont le réglage avait en outre été porté à la valeur de 6000 A. INSTRUCTIONS DONNEES AU PERSONNEL1°) PERSONNEL DE CONDUITE. Règles de conduite. Afin d'obtenir les meilleures performances possibles, tout en respectant les limites d'intensité prévues pour ces essais (1400 A par moteur pour la CC, 1050A pour la BB), il fallait donner au conducteur une règle de conduite précise. Le passage des crans rhéostatiques ne présentait pas de difficultés spéciales, ces crans étant assez rapprochés et franchis entre Lamothe et Licaugas, zone où la tension était la moins élevée. ll fut donc possible de fixer une règle simple pour leur passage; l'intensité de reprise par branche de moteur serait de 1250 A pour la CC 7107 et de 1000 A pour la BB 9004. Le passage des crans de shunt s'avérait plus délicat : ils sont plus éloignés les uns des autres que les crans rhéostatiques et leur échelonnement ne conduit pas à une même intensité de pointe pour une même intensité de reprise. De plus ils devaient être franchis dans une zone mieux alimentée où la tension devait rester assez élevée, ce qui donnait une plus grande acuité au problème des contraintes de commutation. Une règle de conduite très simple eût été de fixer au conducteur, pour le passage de chaque cran, soit une vitesse bien déterminée, soit un point kilométrique donné, ce qui eût été possible car le tracé des courbes vitesse-espace et temps-espace, réalisé à l'aide de l'intégrateur Amsler, avait permis de définir théoriquement le lieu de passage des crans (vitesse et situation sur le terrain) et les régressions obligatoires au voisinage des sous-stations, ainsi que les temps séparant chaque manœuvre. Ces renseignements furent d'ailleurs communiqués au conducteur, mais simplement à titre indicatif, car une telle règle de conduite eût supposé que l'on pouvait se fier entièrement à la courbe de mise en vitesse prédéterminée théoriquement. Or celle-ci pouvait être différente en pratique, compte tenu des écarts possibles entre la résistance à l'avancement estimée et sa valeur réelle, ainsi que des différences éventuelles de tension en ligne. Les notions de vitesse et d'espace étant ainsi éliminées, il fallait n'utiliser que l'indication
des appareils de mesure des grandeurs électriques à savoir : intensité par moteur et tension au pantographe. Il s'agissait en fait de fixer
les intensités de reprise à observer sur chaque cran en fonction de la tension au pantographe, de façon que l'intensité de pointe sur le cran
suivant à taux d'excitation plus faible ne dépasse pas la valeur maximum prescrite: il fallait donc tenir compte de la variation de tension au
pantographe résultant de la variation d'intensité. Il fut remis à cet effet au conducteur, en plus des courbes représentant la marche
escomptée, des graphiques qui avaient été établis en observant qu'à chaque position du train en ligne correspondait une valeur de résistance
ohmique des installations d'alimentation. Ces graphiques avaient été établis en se basant sur les considérations suivantes.
Nous pouvons écrire cette formule : Up = Uo - RI et E = Um - RImoteur Les courbes Fj(V) et Fj(I) (Fig. 51), déduites d'essais en atelier et établies à tension constante U' permettent d'écrire ce calcul : Pour une tension Up au pantographe, ou Um aux moteurs, V = V' E/E' Ces relations permettent d'établir les courbes Fj(V) à tension variable valables pour une résistance apparente R de la ligne d'alimentation. Nous obtenons ainsi (Fig. 52) ces courbes déduites de celles de la figure 51. Pour cette valeur R de la résistance apparente, donc pour une position bien déterminée du train en ligne, nous déduisons facilement l'intensité de reprise à observer sur le cran PC pour passer au cran Sh1 sur lequel on trouvera l'intensité maximum prescrite. Connaissant cette intensité de reprise (donc l'intensité totale correspondante) on peut calculer pour cette valeur de R, la tension au pantographe correspondante : Up = Uo - Rl . Nous obtenons ainsi un point du graphique correspondant au cran PC, En faisant le même travail pour tous les crans et pour plusieurs valeurs de R on détermine les courbes des graphiques (Fig. 51 et 52). On élimine ainsi, dans la présentation du document définitif la valeur de la résistance apparente pour ne faire intervenir que l'intensité de reprise et la tension en ligne. Cette règle est donc valable quelles que soient la vitesse du train et sa position sur le terrain. ![]() Le calcul a révélé qu'il était possible de considérer parfois une seule et même courbe pour plusieurs crans. Notons, d'autre part, que sur un cran donné, lorsque la tension en ligne s'élevait rapidement à l'approche d'une sous-station, le conducteur devait revenir sur le cran précédent dès que l'intensité par moteur atteignait la valeur maximum prescrite. Cette manœuvre ne présentait d'ailleurs aucune difficulté, l'intensité maximum par moteur étant bien déterminée et la même pour tous les crans: 1400 A pour la CC 7107 et 1050 A pour la BB 9004. Les courbes de mise en vitesse - (vitesse - espace) - (voir plus loin Fig. 59) avaient d'ailleurs été tracées à l'aide de l'intégrateur Amsler en utilisant des courbes d'aptitude en côtes déduites des courbes Fj(V) établies cran par cran pour plusieurs valeurs de la résistance apparente de la ligne d'alimentation, comme il a été dit plus haut. REGLES DE FREINAGE.On voit sur les courbes de vitesse prétracées (plus loin Fig. 59) que la décélération due à la seule résistance à l'avancement des convois
permet de faire retomber la vitesse de ceux-ci aux valeurs respectives de 235 et 226 km/h pour la CC et la BB à l'entrée de la courbe de
Labouheyre, dans laquelle la vitesse maximum autorisée est de 220 km/h. Or, ces courbes ont été établies en admettant que la marche en traction
serait interrompue à Ychoux; mais nous verrons tout à l'heure qu'il fut jugé préférable au dernier moment de la limiter au PK 73. L'utilisation du frein direct modelable avait cependant été prévue, son action ne portant que sur les voitures. On pouvait, en effet, redouter (car les essais de Juin et de Novembre l'avaient montré), que la stabilité de la locomotive ne soit diminuée au moment de la coupure du courant. Il fut alors prévu d'exercer un certain effort sur le crochet d'attelage de celle-ci, en freinant légèrement les voitures au moyen du frein direct. REGLES D'UTILISATION DES PANTOGRAPHESLes deux pantographes équipant chaque machine devaient être utilisés à tour de rôle; le pantographe avant d'abord, pour assurer la remorque du train jusqu'à Lamothe, où était prévu son remplacement par le pantographe arrière pendant le passage de la zone à vitesse-limite de 110 km/h. Celui-ci avait ensuite à réaliser la totalité de la marche en traction, puis devait être abaissé dès la fin de celle-ci au PK 73. Le pantographe en prise devait en outre être immédiatement abaissé en cas d'allumage de la lampe rouge, installée à cet effet, commandée depuis la voiture. 2°) LE PERSONNEL A BORD DES LOCOMOTIVES.Liaison radiophonique. Le responsable de cette liaison, sur le bon fonctionnement de laquelle reposait toute la sécurité du convoi lancé à grande vitesse, avait à se tenir en contact permanent avec le poste de Licaugas, qui devait le renseigner éventuellement sur les remarques des observateurs situés le long de la voie ainsi que sur le fonctionnement correct ou non des sous-stations réparties le long de la piste d'essai. Observation de la ventilation des moteurs. Les responsables des liaisons radiophoniques et téléphoniques situés dans la cabine de conduite de la locomotive avaient également pour tâche de suivre sur les tubes de Pitôt l'évolution de la pression d'air dans les buses de ventilation des moteurs. Pointage des kilomètres. Un autre agent assurait le pointage des P.K, et des gares au moyen d'un appareil envoyant une impulsion sur les bandes enregistreuses des grandeurs électriques et de vérification de la stabilité. Ces tops permettaient de repérer les deux bandes l'une par rapport à l'autre et de les situer approximativement en fonction de l'espace parcouru. 3°) PERSONNEL DES VOITURES.Observation de la caténaire. La consigne principale donnée à l'observateur placé au périscope dans la première voiture de la rame était d'utiliser le pantographe jusqu'à l'extrême limite. Par liaison téléphonique, il devait communiquer à son correspondant dans la cabine de conduite de la locomotive ses observations sur le captage, de façon à permettre à ce dernier de savoir à tout instant comment se comportait le pantographe et de déterminer le moment précis où il devenait urgent de le baisser. Observation de la stabilité de la locomotive.Le responsable de cette fonction placé également dans la première voiture avait pour mission de suivre sur ses enregistreurs l'évolution des accélérations transversales de la caisse de la locomotive, et d'alerter, le cas échéant, par téléphone, la cabine de conduite si l'amplitude des accélérations dépassait la valeur maximum fixée. Ouverture des baies.Les autres personnes présentes dans la rame avaient comme mission d'ouvrir les fenêtres des voitures une fois terminée la marche en traction, afin de faciliter la décélération du convoi. l.- Avec la locomotive CC 7113. Un certain nombre de marches de reconnaissance furent effectuées avant les essais à très grande vitesse, notamment avec la locomotive CC 7113, machine sœur de la 7107 mais non modifiée. Elles avaient pour but de déceler d'une part les irrégularités de captage et par ce fait même repérer les zones où la caténaire devait subir quelques améliorations, et d'autre part, les points de la voie où les locomotives étaient susceptibles d'exercer un effort maximum, notamment dans les courbes de Labouheyre. La première marche eut lieu le 17 Mars avec la CC 7113; au cours de cette marche la vitesse de 175 km/h fut tenue sur presque tout
le parcours, avec une pointe à 184 km/h dans la courbe de Labouheyre.
Il apparut notamment nécessaire de supprimer sur la caténaire les diagonaux des gares de Caudos et Lugos et de rectifier la pente de celle-ci avant et après chaque passage à niveau. Il fut en outre décidé d'interrompre la marche en traction, lors des essais à très grande vitesse, aux PK 73 et non en gare d'Ychoux, de façon à éviter les diagonaux de celle-ci. Au cours de cette marche, la stabilité de la locomotive fut bonne, avec toutefois quelques mouvements de lacet entretenus sur trois ou quatre périodes, notamment au droit des Pk : 55 - 66,6 -73 - 73,5- 76,5- 92 (sortie de courbe de Labouheyre). L'accélération maximum ne dépassa pas 0,12 g. Des travaux de modification furent effectués à la fois sur la caténaire et sur la voie les samedi 19, dimanche 20 et dans la
matinée du lundi 21. D'autre part, les appuis latéraux de la locomotive furent soigneusement dégraissés.
![]() ![]() En ce qui concerne la tenue de voie de la locomotive, des trains d'oscillations furent encore relevés au droit du kilomètre 66,6 (passage d'un petit pont) et dans la zone des PK 73 et 73,5 mais, néanmoins, l'accélération maximum resta inférieure à 0,15 g. ll est à signaler que, au cours de ces marches, la courbe de Labouheyre ne fut jamais franchie à des vitesses supérieures à 185 km/h, alors que les travaux effectués par le service de la voie autorisaient son franchissement à 220 km/ h !!.- II. Avec la locomotive CC 7107.Le vendredi 25 Mars, pour la première fois, la CC 7107 fut mise en ligne avec sa rame carénée. Mais par suite d'un incident, une seule
pointe de vitesse à 180km/h fut effectuée, au-delà de Lugos.
Nous avons vu qu'il avait été jugé désirable d'effectuer au préalable avec la locomotive BB 9004 un essai à une vitesse du même ordre que
celle réalisée à Beaune avec une CC.
A l'approche de 200 km/h, le balancement de la cabine s'accentua légèrement. Vers 250 km/h l'avant de la caisse, suspendu sur les biellettes pendulaires, oscilla dans le vent violent de la marche alors que la tranquillité de la cabine AR était bonne (il est vrai que l'amortisseur transversal était plus serré à l'arrière). La tenue transversale des bogies, observés par les trappes en plexiglass pratiquées dans les planchers de couloirs, ne donna lieu à aucune remarque, et aucun mouvement anormal ni vibration visible entretenue ne se produisirent. Verticalement, le dispositif de contrôle visuel du cabrage de la boîte AV droite montra une certaine tendance au galop du bogie vers 250 km/h jusqu'à la vitesse maximum atteinte. Le mouvement semblait correspondre à la fréquence propre calculée d'oscillation du bogie (3 par seconde), fréquence qui coïncide d'ailleurs, vers cette plage de vitesse, avec celle des joints de rails. L'amplitude relative boîte-bogie ne semblait pas dépasser 7-8 mm ll n'y avait pas de déplacement vertical notable entre bogie et caisse. A la visite au retour, toutes les roues portaient un léger sillon circulaire, sensible à l'ongle, dans la zone de raccord entre le profil 1/40e et le boudin; cette zone commence à se creuser au droit de la portée sur bord intérieur du champignon du rail. La roue 3e à droite, dans le sens de marche, présentait 3 sillons au lieu d'un seul. Pas de traces de portée des faces des boudins, autres que les marques fraîches dues aux circulations sur voies du dépôt. A la suite des constatations faites
et en prévision de la vitesse 300 et plus, les dispositions suivantes furent donc prises : En résumé, toutes les marches réalisées depuis le 17 mars 1955 avaient prouvé que les deux locomotives CC 7107 et BB9004 étaient capables de dépasser les 300 km/h à condition, d'une part, que la température extérieure se prêtât à cette tentative et, d'autre part, que la pointe de vitesse se situât au-delà de Lugos. En outre, pour éviter une détérioration trop rapide du pantographe arrière, il était indispensable de partir de Facture avec le pantographe avant et de ne passer sur pantographe arrière qu'après la courbe de Lamothe, en essayant de faire cette manœuvre à une vitesse aussi élevée que possible. MARCHE DU 28 MARS 1955 AVEC LA LOCOMOTIVE CC 7107 La température s'étant notablement abaissée (14° environ), la décision fut prise de tenter l'essai à vitesse maximum au cours de la marche
prévue ce jour-là au départ de Facture à 13 h 25.
A 310 km/h, les semelles commençaient à se déformer sous l'effet de la chaleur, les "cornes" devaient se rapprocher dangereusement des
antibalançants. La situation était critique, car la vitesse envisagée n'était pas atteinte.
A 320 km/h une "corne" accrochait un
anti-balançant; sectionnée, elle tombait sur la voie. Une forte odeur de caoutchouc brûlé se répandait dans le poste d'observation.
S'agissait-il, comme aux essais de survitesse de Belfort, des "silentblocs" des entraînements ou plus simplement des gaines en
caoutchouc de raccordement des caisses ?. Dans le doute, la cabine de conduite ne fut pas alertée.
Pendant toute la période d'accélération, aucun mouvement de lacet ne fut sensible dans la cabine AV de la locomotive. Jamais le moindre bruit ni le plus faible choc ne furent perçus par les occupants de la cabine de conduite. Ce n'était réellement qu'en voyant défiler les ogives supports de caténaire qu'on avait une sensation de vitesse. La coupure du courant de traction ne provoqua aucun mouvement perturbateur et il ne fut pas nécessaire, pour stabiliser la locomotive, de freiner, même légèrement, autrement que par la simple ouverture de toutes les glaces latérales des 3 voitures de la rame, manœuvre dont le but était d'ailleurs uniquement d'accentuer la décélération du convoi. MARCHE DU 29 MARS 1955 AVEC LA LOCOMOTIVE BB 9OO4 En prévision de l'essai de la 9004, fixé au lendemain matin, il fut décidé de graisser le fil de contact pour diminuer l'échauffement mécanique, de remplacer les barres d'usure en cuivre des pantographes par des barres en acier et d'utiliser le pantographe avant si possible jusqu'à la vitesse de 180 km/h. En prévision d'une ultime utilisation à grande vitesse, ce pantographe fut réglé à 14 kg et l'adjonction d'écrans, un moment envisagée, ne fut pas retenue, pour ne pas augmenter le temps de montée. A 320 km/h, ce pantographe exercerait, sur la caténaire, un effort de 36 kg qui rendrait délicate la descente d'urgence. L'essai précédent avait toutefois montré que l'on pouvait faire confiance aux mesures faites à poste fixe à Modane. Si le pantographe AV était utilisé au maximum de vitesse, on pouvait compter à la descente sur un décollement d'au moins quarante centimètres et une baisse complète vers 250 km/h. L'utilisation d'un treuil pour la manœuvre ne fut donc pas retenue. La mise en service à grande vitesse du pantographe AV, au lieu et place du pantographe AR censé avarié, restait toutefois une opération très délicate et pleine de risques. Un échange trop long compromettrait définitivement l'essai ; trop court, le contact simultané des 2 pantographes sur la caténaire pourrait entraîner la rupture de cette dernière ou la mise hors service des semelles. Pour bénéficier de la fraîcheur matinale, l'essai fut fixé à 7 h35 départ de la gare de Facture. Le démarrage et la mise en service du pantographe AR s'effectuèrent normalement. La graisse répandue sur le fil de contact dégageait une épaisse fumée qui gênait l'observation. A 200 km/h, une "corne" se brisait au passage d'un anti-balançant. Tombée sur le bâti, elle fut heureusement retenue à quelques centimètres de la toiture, évitant ainsi l'arrêt de l'essai. Quelques secondes après, les semelles rougissaient, le captage devenait mauvais. Vers 250 km/h, on percevait, par intermittences, la fusion des barres. Des projections de graisse et de métal en fusion maculaient l'oculaire du périscope et rendaient l'observation difficile. Les arcs devenaient de plus en plus violents. A 280 km/h, la fusion des bandes s'intensifiait; les étincelles pénétraient dans le poste d'observation. La destruction imminente du pantographe était signalée à la cabine de conduite. A 290 km/h, les semelles, rouges et fortement incurvées, ce tronçonnèrent au passage d'un support, cependant que l'on manœuvrait pour monter le pantographe AV. L'échange des pantographes, parfaitement réussi, n'entraîna qu'une coupure de courant de quelques secondes. Le captage s'améliora. Vers 330 km/h, les semelles rougirent à nouveau, mais l'essai était terminé. Le pantographe AV baissé "flotta" quelque temps sans encombre
à 50 cm du fil de contact. En ce qui concerne la tenue en ligne de la locomotive BB 9004, les
observations suivantes ont pu être effectuées :
Le mouvement d'oscillation transversale face au vent n'apparaissait plus et les déplacements verticaux étaient pratiquement inexistants. Par une trappe aménagée dans le couloir de la locomotive, le bogie AV se montrait bien en ligne, sans vibration transversale et il devenait impossible de dire s'il accusait verticalement les joints de rails. Le mouvement pendulaire de la caisse par rapport au bogie était d'amplitude réduite. A vitesse maximum, le but étant atteint, le contrôleur fut ramené à zéro et le pantographe abaissé. On constata alors une rapide et régulière oscillation transversale entretenue, de faible amplitude, qui se substitua dans la cabine AV au balancement pendulaire normal. Il s'agissait d'un mouvement de fréquence 3 environ, comparable au tamis transversal éprouvé souvent, soit avec des bandages creux, soit sur parties de voies resserrées, soit en cas de jeu anormal du guidage. Le bogie subissait une vibration transversale régulière, analogue à celle de la caisse. Au même moment l'observateur "panto" de la première voiture signalait des mouvements accentués de celle-ci. Ce phénomène paraissant résulter du jeu élastique des attelages lors de la coupure du courant de traction, on a réalisé, comme c'était prévu dans ce cas, un léger freinage de la rame : le mouvement perturbateur cessa alors. La marche se poursuivit jusqu'à Morcenx dans les conditions de stabilité habituelles. RELEVE DES ENREGISTREMENTS ENREGISTREMENTS DES VITESSES Les courbes de vitesses en fonction de l'espace, relevées sur chacune des machines au moyen de l'appareil Flaman, ont été reproduites
en tête des figures 56 et 57. Elles sont constituées en réalité par une succession de paliers correspondant au temps d'intégration de l'appareil; mais nous avons préféré, pour faciliter la lecture, remplacer chacun de ceux-ci par un point et réunir ces derniers par une courbe continue. Celle-ci n'a donc qu'une valeur approximative dans les zones de forte accélération, où deux points successifs indiquent des vitesses très différentes. Les temps de parcours réalisés sur chacun des kilomètres précédant la gare d'Ychoux étaient par ailleurs chronométrés automatiquement; la ligne reliant le flash électrique aux pédales placées sur la voie se trouva malheureusement accidentellement coupée au moment de l'arrivée dans cette zone de la CC 7107. Nous ne disposons, par suite, que des photographies de chronomètres prises lors du passage de la BB 9004 (Fig.49a)
![]() On peut ainsi mettre en évidence les distances parcourues par chaque rame au-delà d'une certaine vitesse; on trouve les valeurs suivantes : ll est de même intéressant de mettre en évidence les espaces parcourus et les temps écoulés, depuis le départ de Facture, pour atteindre certaines vitesses; ces valeurs sont les suivantes (voir dernier tableau) Les courbes de tension au pantographe, d'intensité et de puissance absorbées par chaque locomotive relevées à bord de chaque rame, (Fig 58 )
ainsi qu'une bande sur laquelle s'inscrivaient les impulsions émises par une horloge (toutes les secondes) et par le compteur
d'énergie. Cette bande porte en outre les pointages de PK effectués manuellement à bord des machines, ceux-ci ne pouvant d'ailleurs
constituer qu'un repérage approximatif par suite de l'imprécision des réflexes humains. Ces enregistrements, effectués en fonction du temps
sur une bande déroulant à la vitesse de 4 mm par seconde environ, ont été transposés en fonction de l'espace et portés sur les figures 56 et
57, avec d'ailleurs une certaine simplification du tracé, qui conserve toutefois les points essentiels. Le démarrage de Facture s'est effectué plus rapidement qu'il n'avait été prévu, car la courbe théorique avait été tracée en limitant l'intensité dans cette zone à 750 A par moteur, valeur suffisante pour atteindre avant Lamothe la vitesse de 110 km/h, limite imposée au passage de la courbe jusqu'au PK 43 (bien que le graphique théorique ait été tracé en supposant la reprise effectuée au PK 43,7). La courbe de vitesse obtenue en pratique, présente ensuite jusqu'à Caudos quelques irrégularités dues à des disjonctions diverses et à des décollements de pantographes : ![]() ![]() -PK 44 : Disjonction de la sous-station au passage de la locomotive sous le sectionnement à lame d'air de la sortie de Lamothe (Les caténaires de cette gare constituent une zone alimentée normalement par un disjoncteur différent de celui qui assure l'alimentation des caténaires de pleine voie). - PK 45 : Disjonction de la locomotive. - PK 48,500 et 54 : Disjonction de la sous-station. Chacune de ces disjonctions eut pour effet immédiat une interruption de l'accélération. Celle du PK 44 fit ainsi perdre le bénéfice d'environ 1 km, qui avait pu être réalisé sur le tracé théorique en effectuant un peu plus tôt la reprise à la sortie de la courbe de Lamothe; le rhéostat de démarrage fut ainsi éliminé à peu près exactement à la vitesse et à l'endroit prévus (165 km/h, PK 45,3). La courbe théorique fut ensuite suivie assez exactement jusqu'au PK 50, où la nouvelle disjonction fit perdre environ 2 km, mais elle put néanmoins être rejointe près de Lugos, où l'obligation de rétrograder sur un cran à shuntage plus réduit fut vérifiée. La marche se déroula alors exactement selon les prévisions jusqu'à la sous-station de Licaugas, où la destruction du pantographe arrière fixa la fin de l'essai. ![]() ![]() On peut se demander à ce sujet pourquoi il ne fut pas alors tenté d'améliorer encore la performance en utilisant le pantographe avant. La raison en est qu'une telle manœuvre eût été inefficace, l'essai devant être interrompu de toute façon au PK 73, soit 5 km plus loin. La décélération à ces vitesses, lorsque le courant est coupé, faisant perdre environ 12 km/h par kilomètre parcouru et l'accélération possible ne permettant, par contre, de rattraper que quelque 3 km/h par km, il aurait fallu, en effet, reprendre le régime normal vers le PK 69, soit environ 11 sec après la destruction du pantographe. Or, la seule montée de celui-ci, machine arrêtée, correspond à cette durée. La vitesse maximum atteinte répondait d'ailleurs au but que l'on s'était fixé à l'origine. Quant à la courbe de décélération relevée, elle est très légèrement plus raide que celle prévue, ce qui s'explique par l'ouverture des fenêtres et par les pertes mécaniques de la transmission, l'abaissement des pantographes compensant d'ailleurs partiellement la chose. 2°) Marche de la locomotive BB 9004. Il n'est pas possible de comparer la courbe réelle à la courbe théorique. En effet, depuis le départ l'arbre à cames de commande des contacteurs de shuntage était en mauvaise position et toute la marche fut effectuée sur le dernier cran de shuntage. Il faut voir dans cette divergence une conséquence fortuite de la marche à 270 effectuée le samedi 26, au cours de laquelle il avait fallu, par suite d'un mauvais réglage de relais, recourir à la commande à main. Néanmoins, la courbe de mise en vitesse réelle obtenue lors de l'essai du samedi 26, que nous avons
représentée en trait tirette sur la fig. 59 est sensiblement analogue à la courbe prédéterminée théoriquement malgré le décalage des deux
tracés. Fort heureusement, au cours de l'essai définitif, nous avons bénéficié d'une alimentation beaucoup plus stable que lors de l'essai
effectué avec la CC, ce qui a permis, malgré la baisse d'effort dû au shuntage, en observant les intensités prescrites, de maintenir une
accélération constante au cours du démarrage. La longueur des bandes d'enregistrements indiquant les accélérations transversales nous empêche de les reproduire ici en totalité. Nous en faisons figurer deux extraits (Fig.60). Les valeurs trouvées au cours de l'essai du 28 mars de la locomotive CC 7107 ont été très faibles. Le maximum des accélérations transversales au droit du pivot fictif du bogie ne dépassa jamais 0,065 g, valeur infime correspondant à des efforts très faibles et qui montre combien était remarquable la tenue en ligne de cette machine. (Fig. 60) Les ordonnées sont proportionnelles aux accélérations, les chiffres indiqués 0-0,10-0,25 sont des fractions de g. Les abscisses sont proportionnelles aux temps, Le temps pendant lequel a été enregistrée chacune des parties des courbes reproduites ci-dessous est d'environ 7,5 secondes, La vitesse est celle de la locomotive ou moment de l'enregistrement. ![]() En ce qui concerne la locomotive BB 9004 les accélérations transversales ont été en général faibles, de l'ordre de 0,1 g, sauf au kilomètre 73 après coupure du courant, où l'amplitude des accélérations de la caisse a atteint 0,27 g. L'ordre de grandeur de l'effort transversal maximum exercé par le 2e essieu serait donc, compte tenu des calculs établis lors des essais préliminaires, de 5,5 t alors qu'il était de 3,5 t à 270 km/h lors de l'essai du 26 Mars. Aucune déformation de celle-ci n'a pu être relevée après l'essai effectué par la CC 7107.
PARTIES MECANIQUES DES LOCOMOTIVES Sur la CC 7107. A la visite effectuée à Morcenx puis à Bordeaux, il apparut que seuls, ainsi que les essais au banc l'avaient laissé prévoir, quelques silentblocs des transmissions, côté droit des essieux 1 et 6 dans le sens de la marche, avaient souffert, entraînant une ovalisation des têtes des bielles correspondantes. A noter qu'au cours de la visite avant le départ, un décentrement de l'arbre creux de l'ordre de + ou - 5 mm avait été constaté sur presque tous les essieux, décentrement qu'il était impossible de reprendre. En outre, par suite de la fatigue des plots élastiques, quelques boulons de fixation des moteurs sur les 2 châssis de bogie tournaient librement. En ce qui concerne l'état des tables de roulement des roues des 6 essieux, quelques stries circulaires étaient visibles, notamment aux roues côté droit des essieux 1 et 3, avec quelques petits cratères, dus au passage du courant, sur presque toutes les roues, Le profil au 1/40e a relativement peu souffert. Sur la BB 9004. A la visite sur fosse à Morcenx puis à Bordeaux, aucune anomalie n'apparaissait dans les bogies ; pas de fuite d'huile; la peinture recouvrant la partie visible des silentblocs de la transmission était encore intacte; aucun branlement ni desserrage, aucun échauffement de boîte; les paliers d'engrenage étaient simplement tièdes. La zone de raccord des boudins et du profil au 1/40e s'était encore creusée, les stries circulaires semblaient avoir disparu; pas de discontinuités d'aspect du roulement, en premier examen, mais les faces internes des boudins étaient très fortement marquées par le frottement sur toute la hauteur du flanc à 70° (Fig. 61). ll apparaissait, a priori, avant relevé précis des profils, que les boudins du bogie AR (côté attelage avec la rame) étaient moins marqués qu'à l'AV). ![]() Sur les pantographes. Le pantographe avant de la CC, n'ayant été utilisé que sur le parcours Facture-Lamothe, ne présentait aucun signe particulier. L'examen du pantographe arrière (Fig. 62) montrait que le tube entretoise était à moitié sectionné. Une seconde de plus et la caténaire aurait pénétrée à l'intérieur du cadre, rendant impossible la descente. Ce premier essai a donc prouvé que l'on était arrivé, comme c'était prévu, à la limite du captage. Quant aux pantographes de la BB 9004, leur examen au dépôt démontra que celui AR (Fig. 63) avait été utilisé dans les mêmes limites que celui de la locomotive CC 7107. La fusion des archets était identique. ![]() Conséquence des arcs violents provoqués par les décollements au droit de chaque support. Le pantographe avant était en meilleur état, la caténaire ayant bien supporté l'effort de 36 kg. Le captage avait été amélioré par le surcroît de pression (Fig. 64). MOTEURS DE TRACTION Les courbes jointes (Fig. 65 et 66) donnent pour chaque locomotive les courbes (1) de la puissance aux jantes en fonction de la vitesse. A titre de comparaison, nous donnons sur les mêmes axes la puissance aux jantes fournie par ces locomotives dans leurs conditions normales d'emploi,(2) c'est-à -dire avec leur rapport d'engrenages habituel, au régime continu des moteurs sous 1500 V. La pointe située un peu au-delà de 5000 CV correspond à la surcharge que l'on admet en service courant au cours des démarrages. Nous avons représenté également sur les 2 graphiques la courbe (3) de puissance à la jante nécessaire pour vaincre uniquement la résistance à l'avancement. ![]() Le supplément de puissance était nécessaire, non seulement pour vaincre la légère rampe, mais surtout pour disposer d'une accélération
suffisante, permettant d'atteindre la vitesse maximum sur l'espace dont nous disposions. Ces accélérations étaient, avec la locomotive CC 7107 :
Avec les deux locomotives, à la vitesse maximum, l'accélération résiduelle juste avant la coupure du courant atteignait encore 7 cm/s².
D'une manière générale, les conditions de fonctionnement en ligne diffèrent sensiblement de celles existant en atelier des contraintes
supplémentaires apparaissant. Ce fait devait être particulièrement sensible dans le cas des essais à très grande vitesse pour les raisons
ci-après :
Certes, la vitesse de rotation des moteurs était relativement réduite, ce qui constituait un facteur favorable. Mais la grande vitesse de la locomotive était certainement à l'origine de vibrations de fréquences élevées des différentes parties des moteurs et plus spécialement des organes libres, tels que les balais. En définitive, le fonctionnement en ligne était beaucoup moins "paisible" qu'en atelier. b) Décollement de pantographes. L'enregistrement des tensions aux pantographes et l'observation directe du captage ont montré, qu'en ligne, les décollements de pantographes
se répétaient avec
une fréquence élevée, provoquant des variations de tension très importantes, surtout au début du captage effectué sur la BB avec le
pantographe avant non encore stabilisé, variations que ne peuvent montrer les enregistrements par suite de l'inertie des appareils. La
variation de couple des moteurs était d'ailleurs perceptible pour des personnes se trouvant à bord des locomotives à chaque passage au droit
d'un support de caténaire (une impulsion par seconde au moment du maximum de vitesse). Dans ces conditions, on peut dire que les moteurs
ne cessaient de fonctionner en régimes transitoires, régimes qui posent les problèmes les plus difficiles pour des moteurs de traction. A ce
sujet, il convient de remarquer que :
Pour les moteurs SW 4326, simples moteurs tétra polaires non compensés, il n'en allait pas de même et les conditions existantes étaient tout spécialement dangereuses. Les deux tableaux ci-dessous après montrent les constatations qui ont pu être faites sur les moteurs, les essais, à l'occasion d'une visite minutieuse. ![]() CONCLUSION : Excellent état des 6 moteurs, sur lesquels on ne peut constater aucune répercussion des dures contraintes qui leur ont été imposées. ![]() CONCLUSION : Les organes des 4 moteurs sont dans un état de fraîcheur remarquable INSTALLATIONS FIXES D'ALIMENTATION Aucune détérioration des caténaires ne s'est produite au cours des essais, à l'exception de la rupture de quelques anti-balançants, provoquée
par les
pantographes des deux locomotives. Aucun incident ne s'est produit sur le matériel des sous-stations. Mais la protection de terre de
l'autotransformateur fonctionna plusieurs fois, sans motif, au cours de l'essai de la CC 7107. Pour éviter tout nouveau déclenchement
intempestif, il fut alors décidé d'en paralyser l'action, tout en surveillant son fonctionnement à titre d'alarme. Plusieurs
déclenchements à retour du groupe mobile de Lamothe furent également enregistrés; ils se produisirent en même temps qu'un fonctionnement du
relais de terre de l'autotransformateur. ll faut qu'on sache que si nous avions accepté sciemment certains risques en réglant les
protections assez haut, ou même en les paralysant, nous conservions néanmoins une sécurité obtenue comme il suit :
CONCLUSION Nous avons opéré avec un matériel pratiquement de série, aucune modification n'a altéré en quoi que ce soit le principe même, la conception
initiale, des
2 locomotives. La seule modification importante a été, je le rappelle, celle du changement de rapport d'engrenages. Nous n'avons donc pas tout
bouleversé pour réaliser 2 locomotives "phénomènes" . La CC 7107 aurait pu être l'une quelconque des locomotives de la série importante
qui a été livrée, la BB pourrait être choisie dans la série qui vient d'être commandée. Notre long travail préliminaire a eu seulement pour
but d'une part le choix des paramètres grâce auxquels "le matériel de série" serait placé dans des conditions qui lui permettent d'accomplir
la performance exceptionnelle qu'on attendait de lui, d'autre part, de procéder, une fois ces conditions fixées, aux vérifications
indispensables avant les essais proprement dits. Par suite, les faits suivants doivent retenir l'attention.
Déjà à 243 km/h beaucoup avaient estimé, à juste titre d'ailleurs, que le coefficient de sécurité était considérable. Que dire maintenant que le
cap des 300 km/h a été largement dépassé ?
Ils ne considèrent pas que le maximum qu'ils garantissent est une vitesse de pointe à ne réaliser que rarement. Leurs bureaux d'études ne prennent pas de liberté avec les coefficients de survitesse imposés par les règles internationales. Nous ne connaissons pas dans le monde de machines qui, vendues pour une vitesse maximum de 140 km/ h, soient capables, comme toutes les CC type 7100, de réaliser à tout moment de leur existence des vitesses de 230 à 240 km/h. Nous pouvons dire que lorsque la puissance d'un moteur de ces machines est annoncée pour une valeur P, cela signifie qu'on peut
lui demander cette puissance d'une manière permanente. Les constructeurs n'escomptent pas qu'on les utilisera en fait P /2 ou P /3
Comment ne pas mettre aussi l'accent sur le comportement remarquable des boîtes Athermos, strictement de série. Si les pantographes Faiveley ont beaucoup souffert durant les essais, ils n'en méritent pas moins beaucoup d'éloges. Ce sont eux qui ont été à la base de la réussite; ce qu'on leur demandait était, en fait, une tâche impossible; ils ont répondu à tous nos espoirs en nous permettant, en captant avec un seul pantographe sur un seul fil de contact, plus de 5000 A en pointe à très grande vitesse, d'atteindre le but que nous tous étions fixé. Nous devons donc rendre grâces à ces valeureux serviteurs qui se sont sacrifiés. Mais, en fait, il faudrait citer chaque partie de nos locomotives.
Jusqu'à 280, voire 300 km/h, tout va bien, à condition cependant de foncer dès le départ, car chaque seconde perdue l'est irrémédiablement : il n'y a aucune possibilité de se rattraper, puisque tout doit être terminé à un point kilométrique immuable, et les secondes représentent beaucoup de mètres à très grande vitesse. A partir de 300 km/h il semble que le problème change d'aspect: les 30 derniers kilomètres ont été une rude épreuve à subir. Ce record n'aura pas été vain et si nous avons été aussi loin c'est pour mieux connaître ce que nous devons faire en matière de construction. L'essai a fourni de nombreux enseignements et nous sommes certains de faire mieux dans l'avenir. Non que notre ambition soit d'aller plus vite encore; le mieux consistera pour nous à établir des locomotives équivalentes à celles des essais, mais moins lourdes, toujours plus simples, donc moins chères. Je tiens à terminer en évoquant le côté humain de ce record. Déjà depuis près d'un an toute une équipe travaillait dans la foi la plus totale
pour préparer les essais; cette équipe comprenait des constructeurs et des cheminots. Mais que dire de l'atmosphère des jours qui ont précédé
les essais et de celle des essais eux-mêmes. Chacun a donné le meilleur de lui-même, tout son enthousiasme, toute sa volonté. J'avais peine à
reconnaître nos dessinateurs dans les fosses de visite du dépôt de Bordeaux ou sur les toits des locomotives, vérifiant, réglant avec leurs
camarades des services actifs. J'ai vu le chef monteur de la CC 7107 aider à passer des câbles sur la BB 9004 !!. Il n'y avait aucune
distinction de grades et d'origine entre tous ceux qui s'affairaient autour des machines. Nous avions tous le désir d'une réussite totale
pour le prestige de nos chemins de fer, de notre industrie et de notre Pays. Et pour bien montrer qu'à la S.N.C.F. l'esprit d'équipe va
jusqu'aux plus hauts sommets de la hiérarchie, M. Parmentier, Directeur du Matériel et de la Traction, a tenu à assister personnellement sur les
locomotives aux deux marches records. Tous les acteurs des essais en ont été profondément touchés (1). ![]()
Images rajoutées :
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